Idir Chender : Opération Beyrouth , opération inspiration…

 

Idir Chender est inspirant. De Lyon à Manchester en passant par Beyrouth, c’est un acteur qui ne tient pas en place.

Ainsi on l’a retrouvé le 30 mai, incarnant Karim, un preneur d’otage à la personnalité fort complexe dans Opération Beyrouth réalisée par Brad Anderson, (The Wire). Puis on le retrouvera à Manchester dans une production anglaise, Stock, qui raconte les mésaventures administratives d’un français suite au Brexit.
Tout ça avant de le revoir à nouveau le 18 juillet, cette fois-ci en Provence, où il incarnera un certain Yohann Poulain dans Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy aux côtés de Laurent Lafitte et Zita Henrot.

Certains acteurs sont des diamants dont les facettes sont révélées et mises en lumière au fil du temps et des rôles. Idir Chender est de ceux-là. On sent qu’il peut tout jouer et c’est fascinant.

Le philosophe Ralph Waldo Emerson conseillait à qui voulait rêver d’accrocher son chariot à une étoile. C’est ce que nous avons fait le temps de cette interview.

 Idir Chender dans le rôle de Karim ©Warner Bross images
Idir Chender dans le rôle de Karim

Avant de parler d’Opération Beyrouth, revenons au commencement. Vous êtes né à Lyon. Quels souvenirs et quelles relations entretenez-vous avec cette ville ?

C’est une ville que j’aime, où je suis né et où j’ai grandi. Je vis à Paris mais j’y retourne régulièrement. J’y ai ma famille, des amis, mes habitudes. Je fais beaucoup d’allers-retours. Quand je reviens à Lyon cela agit sur moi bénéfiquement, c’est comme une sorte de sas de décompression. Si je ressens trop de stress, de la fatigue ou si j’ai besoin de me déconnecter totalement pour travailler un rôle, Lyon me répare. Par périodes tout me parait plus simple et plus naturel dans cette ville, sans doute parce que j’y ai mes repères les plus anciens. Je voyage pas mal pour le travail, j’aime aussi la vie à Paris mais Lyon reste dans mon cœur. C’est toujours un plaisir pour moi de revenir…et de repartir…avant de revenir à nouveau.

Depuis 2017 votre carrière décolle. N’est-ce pas trop vertigineux cette subite mise en avant ? Est-ce que cela a changé quelque chose dans vos rapports aux autres et eux vis-à-vis de vous ?

Je suis surtout très heureux d’exercer ce métier. Je suis resté le même. Je n’ai pas remarqué que les autres se comportaient différemment avec moi et je ne me comporte pas différemment avec eux. Ce qui m’inquiéterait cela serait de me croire installé, sans perspective d’évolution personnelle et artistique. Mes envies et objectifs premiers sont d’interpréter des rôles, de me perfectionner dans mon travail d’artiste. Dans mon rapport à autrui, je constate plutôt davantage de bienveillance de ma part comme de celle des autres, peut-être parce je me sens en paix avec l’extérieur. La médiatisation n’a rien changé à ma personnalité, à mes habitudes, par exemple j’ai toujours été quelqu’un de casanier, je ne sors pas plus qu’avant. De toute façon, mon entourage n’hésiterait pas à me le dire si je devenais une personne négative.

Comment vous êtes-vous retrouvé à donner la réplique à Jon Hamm et à Rosamund Pike sur le tournage d’Opération Beyrouth ?

Mon agent m’a parlé du rôle de Karim, j’en ai eu très envie alors je me suis donné les moyens de le décrocher. Pour le casting, en guise d’audition, j’ai envoyé l’équivalent d’un court-métrage, que j’ai mis en scène et réalisé avec l’aide d’amis, en 24 heures. J’ai tenu à présenter un travail très soigné, avec de belles images, il y a du colorgrading et du bon son. J’ai même fait intervenir un perchiste. Le casting était ouvert à l’international, il y avait beaucoup de candidats car c’était un rôle très intéressant dans une grosse production. Karim est un personnage vraiment profond. De plus j’ai très envie de réaliser un film un jour donc au-delà de la réussite de ce casting, cet exercice fut un réel plaisir.

Jon Hamm
Jon Hamm ©Warner Bross images

Comment décririez-vous votre personnage, Karim, dans Opération Beyrouth ?

Il est tout en nuances, absolument pas manichéen. C’est pourquoi j’ai tenu à le jouer.  Ce n’est pas le rôle insignifiant et cliché d’une personne radicalisée. Cela ne m’aurait pas intéressé de jouer le méchant arabe de service juste pour tourner dans une grosse production. Tout d’abord c’est son frère, le terroriste. Lui il est déchiré car ce terroriste c’est quand même sa seule famille. Il n’est pas là pour tuer, il est membre du Front de Libération Palestinien parce que son frère l’a embarqué là-dedans mais il se moque de la géopolitique. Il est dans l’affectif. Il n’a pas d’ancrage. Il n’a pas grandi au Liban, c’est un déraciné qui se retrouve dans une situation émotionnelle forte puisque qu’il négocie la libération de son frère avec l’homme qui souhaitait l’adopter quand il était adolescent, l’homme qui souhaitait lui offrir la stabilité et l’amour d’un foyer qui lui fait si cruellement défaut. Il  porte donc des failles intéressantes à explorer et à interpréter pour un acteur


Donnez-nous de bonnes raisons d’aller voir « Opération Beyrouth » :

Il y en a plein !

Pour l’intrigue. Pour les personnages.

Pour Jon Hamm, un acteur exceptionnel, très connu pour son rôle dans Mad Men mais qui possède surtout une palette de jeu incroyable. C’est aussi une très belle rencontre à titre personnel.

Une autre bonne raison c’est qu’«Opération Beyrouth » parle de sujets sensibles : le terrorisme, la guerre, la géopolitique. La mise en scène traite tout cela avec subtilité.

C’est vraiment un très bon film (ndlr : le scénariste a écrit la trilogie Jason Bourne)

operation beyrouth
Affiche Opération Beyrouth ©Warner Bross images

Connaissiez-vous l’histoire du Liban et en quoi cela vous a-t-il guidé pour la construction du personnage ou vous êtes-vous fié uniquement à votre ressenti ?

Je me suis renseigné sur l’histoire du Liban ainsi que sur l’histoire de mon personnage. Les deux m’ont bouleversé. Il y a deux histoires entrelacées dans le film : l’évocation d’une période historique douloureuse pour les Libanais et l’histoire non moins douloureuse du personnage que j’incarne.

Bien sûr, Karim n’est qu’un personnage de fiction. Pour moi cependant son histoire est importante car je ne suis qu’un acteur, je dois travailler sur mon personnage, sa psyché, son parcours. Mais je tiens à souligner que Karim, n’est pas un « vrai » libanais car il n’a pas grandi au Liban, il n’a pas été élevé au sein de la culture libanaise, il n’y vit pas et n’y retourne que suite à un concours de circonstances dramatiques. Il n’est que le résultat de son propre parcours. Je me suis surtout concentré sur ses émotions.

A titre personnel, l’histoire du Liban me touche mais son futur encore plus. Je souhaite vraiment aller à Beyrouth et visiter le Liban, ce pays est juste magnétique.

Je suis de culture arabe et le Liban m’attire car c’est une sorte de Phénix, il renaît toujours de ses cendres. C’est à chaque fois un tour de force, une renaissance quasi mythologique.

Il faut d’ailleurs comprendre la phrase du trailer du film « 2000 ans d’une vengeance » non pas comme une dévalorisation du pays ou un jugement négatif. Peut-être que cela a tout simplement été mal compris car notre époque trop rapide ne sait plus saisir les nuances, la subtilité. Cette phrase c’est carrément autre chose. L’idée était de rendre hommage à la grandeur tragique, mythique de Beyrouth.
Un peu comme lorsque pour parler de l’histoire « héroïque » de la France on évoque des périodes troubles comme la Commune de Paris en 1871, qui fut aussi une guerre civile alors que le pays était envahi par une puissance étrangère (l’Allemagne). Ça ne veut pas dire qu’on critique la France que d’y faire référence.

Ce genre de phrase souligne au contraire la grandeur du Liban qui a sû dépasser ses épreuves pour devenir le grand pays qu’il est actuellement. Ce positionnement a sans doute été incompris car notre époque est trop manichéenne et les points de vue peu mobiles.

Il faut considérer qu’il n’y a pas d’avis belliqueux dans ce film. Beyrouth est plutôt un « topos » un lieu à la croisée des chemins où se retrouvent les protagonistes.

Et concernant le tournage à Tanger plutôt qu’à Beyrouth ?

Il a été plus facile de tourner à Tanger car à présent Beyrouth n’est plus du tout comme en 1982. Elle est devenue une destination incontournable. La ville a connu plusieurs périodes de reconstructions. Elle est dotée d’un patrimoine et une culture riches, il aurait été difficile et trop onéreux de trouver ou reconstituer les décors dévastés nécessaires au tournage.

Avez-vous des anecdotes au sujet de ce tournage ?

Il y en a plein. Un jour en plein tournage d’une scène pleine de tension et d’émotions, un bruit d’estomac suspect s’est fait entendre, annulant toute la densité dramatique. Jon Hamm s’est mis alors à imiter une chèvre, fou rire garanti et difficile de se reconcentrer après. Il y avait une bonne ambiance sur ce tournage.  J’y suis resté 10 jours et je n’ai pas vu le temps passer.

Jon Hamm met vraiment les gens à l’aise, les bonifie, il est bienveillant.

Quels sont vos projets, envies à venir ? Que peut-on vous souhaiter ?

Actuellement entre les tournages je travaille sur la musique. J’ai envie de créer un pont entre le cinéma, la musique et le théâtre, de générer des synergies entre ces domaines.

Pour le reste je le garde pour moi…pour l’instant…

Rédigé par Nathalie Morgado


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